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L’engagement dans l’oeuvre de Sadika KESKES

Pour Sadika KESKES
Artiste-verrière : telle aime à se définir Sadika Keskes. Artiste guerrière : telle pourrait-on aussi bien la nommer tant elle milite pour la cause des femmes de son pays, s’investit dans la rénovation des métiers d’arts en Tunisie, œuvre pour que ces derniers ne relèvent plus des arts appliqués mais de l’Art à part entière. Des rives de l’antique Carthage (où elle réside) à celles de Venise et Murano (où elle a étudié), Sadika Keskès a haussé la pratique ancestrale du verre soufflé jusqu’aux rivages du haut langage : elle érige des sculptures en forme de « murs » à géométrie variable, assemble des « briques » de verre qui accointent les techniques de naguère au plain champ de l’art contemporain.
« Ovaire toute la nuit » : un « mur » selon Sadika s’établit à l’opposé de cet aphorisme de Duchamp. Que nous murmure son Mutus Liber sinon ceci : « Ouvert tout le jour » ? L’art subtil de Sadika KESKES, celui de sa « parole soufflée », tient dans ce passage de l’« ovaire » à l’« ouvert ». Le lait du petit jour y coule comme la pâte de verre, ouvert / recouvert par une mer de verre ; parcellisé dans une multitude d’alvéoles dont les modules, recomposés pour chacune des sculptures, sont autant de niches où l’infime cohabite avec l’infini, où l’intime s’ouvre sur l’horizon. Etre là, pour l’éternité d’un instant et dans l’exiguïté d’un cube, c’est coïncider avec le la du monde. S’isoler dans l’une des alvéoles de ces murs en nid d’abeille, c’est faire son miel de la lumière qui passe au travers, c’est surgir, augmenté, dans l’ « ouvert ». « Agrandir le sang des gestes, déborder l’économie de la création […] » nous conseille René Char. Sadika a choisi d’accroître le sens de ce geste : souffler. Faute de pouvoir déborder la Méditerranée, elle a choisi de la border. Rien n’est plus cher à son mur que de longer cette mer. Mais ce mur n’est pas clôture. Quand la lumière entre en transe dans la fausse transparence des alvéoles, Sadika se tient là pour nous souffler : « Soleil à naître !».
Jean LANCRI (14 juin 2015)

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